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Conf. B. Durand & A. Messarra

Le 9 déc. 2016 deux conférences ont été présentées à l’ULF Clemenceau (Beyrouth).

 

Raison et Folie, Ordre et Désordre au service de l’harmonie dans l’Histoire des Sociétés Politiques

Par Bernard Durand, Professeur émérite

Doyen émérite, Faculté de Droit et de Science politique, Université de Montpellier

Professeur associé, Université Senghor (Alexandrie, Egypte)

 

Le Droit, identifié à la fois comme une Technique, un Art et une Science, est perçu comme un idéal de règles « ordonnant » les sociétés et luttant contre les désordres, tant dans le domaine du Pouvoir que dans le domaine de la justice. Dans un système où le Politique est conçu comme harmonie et pas seulement comme conquête de pouvoir, le droit joue un rôle essentiel. Le juge, identifié au médecin qui lutte contre la maladie, gère les conflits entre personnes (le procès, manifestation de crise) ou entre groupes, et le juriste intervient, soit pour prévenir le désordre en fixant les règles, soit pour guérir en organisant la justice. Bref, le Droit est mise en œuvre d’un ordre et la Norme est « la règle de l’architecte » - pour établir « l’harmonie », terme qui désignait au XVIe siècle la Loi. Cette vision d’un Politique en tant que Refus du désordre – le désordre étant folie, anormalité - fixe la mise en place et le fonctionnement du Pouvoir politique, des institutions destinées à durer et du droit. D’où la hantise de la meilleure constitution chez les Grecs, des meilleures règles pour régir la société chez les Romains, de la meilleure façon de réguler les relations entre les membres d’une société partout…. C’est très souvent dans cette dimension que les enseignements que reçoivent les étudiants en droit sont orientés. Mais l’étude des sociétés politiques dans l’histoire universelle montre également que l’anormalité, le chaos, y jouent un rôle positif important pour légitimer le pouvoir, accompagner le statut des dirigeants, gérer les relations sociales.

En effet, si les manifestations contraires à un idéal d’ordre, dans la nature comme dans la vie sociale ou juridique, sont omniprésentes et a priori contraires à la normalité souhaitée - et donc à rejeter -, on constate que dans l’histoire des sociétés humaines, la folie, le désordre, peuvent être mis au service de l’ordre, voire même peuvent être perçus comme nécessaires à l’ordre ou indispensables à sa justification comme à sa mise en place. Dans le même temps, cette transposition dans le Politique, pour interroger l’utilité ou le caractère néfaste de la folie renvoie aussi à une autre  dimension du désordre et à une folie « institutionnalisée », qui est « l’autre de la raison », et vient appuyer, par sa mise en scène, la normalité.

Fonder le Pouvoir et Conforter le Pouvoir, tel est le jeu de la Raison et de la Folie dans l’histoire du Politique.

 

Relire aujourd’hui L’Esprit des lois de Montesquieu

Par Antoine Messarra, Membre du Conseil constitutionnel du Liban,

Vice-Président du Conseil stratégique de l’ULF,

Titulaire de la Chaire Unesco d’étude comparée des religions de la médiation et du dialogue, Université Saint-Joseph

 

1.   Le droit aujourd’hui est le fruit d’une longue évolution culturelle et dans les techniques de légifération, de procédure électorale, de jurisprudence, de dialogue des juges et de normativité à travers les jurisprudences constitutionnelles.

2.   Cependant toute évolution risque de comporter des effets pervers quand ou s’éloigne de son esprit.

La relecture, aujourd’hui et actualisée, de L’Esprit des lois (1748) de Montesquieu est indispensable.

L’inflation juridique, l’instrumentalisation et la judiciarisation du droit, la subjectivisation du droit aux dépens du lien social, les soucis légitimes de liberté et d’égalité aux dépens de la fraternité et de la solidarité, tant aux niveaux internes et interétatiques… exigent la relecture des pères fondateurs, dont Montesquieu, et peut-être la réécriture du droit, fort marginalisé, du troisième tryptique : la fraternité.

3.   Que faire ? Repenser la socialisation juridique, l’enseignement dans des facultés de Droit et non de loi, renforcer les processus de légifération et les études d’impact et d’effectivité des lois, et la fonction vraiment indépendante de la magistrature et de la justice constitutionnelle à travers la jurisprudence.

Le Droit absolument indispensable pour domestiquer le politique, ne peut à lui seul fonder une société.

Le rejet aujourd’hui sur le droit de tous les heurs et malheurs du début du 21e siècle (décalage croissant entre pauvres et riches, terrorisme, fanatisme, crise de l’ONU, « mondialisation de l’indifférence »…) camoufle une crise valorielle d’un humanisme perdu, qui se cherche et à retrouver.

 

Voir article paru dans l’Orient Le Jour le 20 décembre 2016 :

http://www.lorientlejour.com/article/1024979/les-perversions-du-droit-relire-aujourdhui-de-lesprit-des-lois-de-montesquieu.html

 

Conférences modérées par Leila SAADÉ, Présidente de l’École Doctorale de Droit du Moyen-Orient,

Présidente du RESUFF, Membre du Conseil stratégique de l’ULF,

Professeur, Université Libanaise

 

 

 

 

 

 

Ouverture par Mohamad SALHAB,

Président de l’Université de Technologie et de Sciences appliquées Libano-Française